LA COCIERGERIE (episode d une vie obscure) 1831 par PHILARETE CHASLES            1798-1873

LA COCIERGERIE (episode d une vie obscure) 1831 par PHILARETE CHASLES 1798-1873

Titre de livre: LA COCIERGERIE (episode d une vie obscure) 1831

Auteur: PHILARETE CHASLES 1798-1873

Broché: 37 pages

Date de sortie: May 16, 2014

Obtenez le livre LA COCIERGERIE (episode d une vie obscure) 1831 par PHILARETE CHASLES 1798-1873 au format PDF ou EPUB. Vous pouvez lire des livres en ligne ou les enregistrer sur vos appareils. Tous les livres sont disponibles au téléchargement sans avoir à dépenser de l'argent.

PHILARETE CHASLES 1798-1873 avec LA COCIERGERIE (episode d une vie obscure) 1831

ce livre a ete revu et corrige pour une lecture numerique

J’avais seize ans, lorsque je vis pour la première fois la Conciergerie.
Quelle prison c’était alors ! une prison de l’ancien régime, belle
d’horreur, hideuse de poésie ! un amas de cachots ; un dédale de corridors
sombres et de voûtes infernales ! Du front vous touchiez la poutre qui
écrasait le guichet d’entrée ; ployé en deux, vous aviez peine à le
franchir. Un réverbère, à la clarté rouge, brûlait éternellement sous le
porche. Là, il y avait encore des faces noires de geôliers, des paquets de
clefs retentissantes, des barreaux de fer obstruant l’air et la lumière ;
je m’en souviendrai toujours : de telles images ne périssent point dans la
mémoire ; elles projettent leur ombre sur toute une vie. Elles forment un
homme, ou l’écrasent, font germer son intelligence, ou la tuent. Les plus
tendres et les plus amères de mes pensées se reportent vers ces voûtes
obscures.

Mil huit cent quinze et la Conciergerie, deux traces profondes, ne
s’étaient point effacées en 1831, sous des chagrins qu’il n’est pas
nécessaire de rappeler ou de décrire, sous l’expérience cruelle d’une vie
sans protecteur et sans lien ; sous des regrets et des désappointements
que nous croyons notre apanage, et qui sont le lot de tous ; sous le poids
de quinze autres années solitaires, agitées ou douloureuses.

Je voulus visiter encore ce cachot où j’avais passé deux mois ; c’était un
besoin d’âme, un retour vers des temps écoulés, vers des biens perdus,
vers ceux qui vivaient en 1815, et auxquels je survivais seul. Dieu sait,
en quinze années, que de tombes surgissent autour de l’homme ! La grille
où ma mère avait pleuré devait me parler d’elle ; cette obscurité,
confidente de mes timides et profondes tendresses, allait rouvrir dans mon
coeur une source d’émotions, que le monde glace sans la tarir. Je me
trompais. Le temps, qui change les hommes, bouleverse les pierres. La
prison de 1815 avait disparu ; je vis la nouvelle Conciergerie de 1831, et
ne retrouvai plus ma geôle : ce fut une douleur pour moi.

Où étiez-vous, Conciergerie noire et lugubre, témoin impassible de toute